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Voix du Monde

Jeudi 5 mai 2005

 IN MEMORIAM

 

C’est Dimanche.

J’ai peur de la foule de mes semblables au visage de pierre.

De ma tour de verre qu’habitent les migraines, les Ancêtres

Impatients

Je contemple toits et collines dans la brume

Dans la paix – les cheminées sont graves et nues.

A leur pieds dorment mes morts, tous mes rêves faits

Poussière

Tous mes rêves, le sang gratuit répandu le long des rues,

Mêlé au sang des boucheries.

Et maintenant, de cet observatoire comme de banlieue

Je contemple mes rêves distraits le long des rues, couchés

Au pied des collines

Comme les Conducteurs de ma race sur les rives de la Gambie

Et du Saloum

De la Seine maintenant, au pied des collines.

Laissez-moi penser à mes morts !

C’était hier la Toussaint, l’anniversaire solennel du Soleil

Et nul souvenir dans aucun cimetière.

O Morts, qui avez toujours refusé de mourir, qui avez su

Résister à la mort

Jusqu’en Sine jusqu’en Seine, et dans mes veines fragiles,

Mon sang irréductible

Protégez mes rêves comme vous avez fait vos fils, les migrateurs aux jambes minces.

O morts ! défendez les toits de Paris dans la brume dominicale

Les toits qui protègent mes morts.

Que de ma tour dangereusement sûre, je descende dans la rue

Avec mes frères aux yeux bleus

Aux mains dures.

Léopold Sédar Senghor dans Poètes d’Afrique et des Antilles, anthologie proposé par Hamidou Dia, Editions La Table Ronde.

 

Léopold Sédar Senghor est né le 9 octobre 1906 à Joal au Sénégal. Il est décédé le 20 décembre 2001 à Vernon en France. Premier agrégé noir, professeur, membre de l’Académie française. Ce poète du royaume et de la civilisation de l’universel est mondialement connu. Membre fondateur avec Césaire et Damas, du mouvement de la négritude dont il fut le théoricien le plus fécond, Senghor fut président de la République du Sénégal de 1960 à 1980, après avoir été ministre de la IVème et de la Vème République française. (commentaires recueillis dans l’anthologie d’Hamidou Dia)

Un très beau portrait, des commentaires, des extraits sur http://voyages.objectifterre.org/casamance/senghor.html

Un extrait de son œuvre avec le fabuleux poème Femme noire : http://franceweb.fr/poesie/senghor1.htm

Par Cécile Guivarch
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Samedi 21 mai 2005

 

Fermer les yeux et écouter , juste cela...

 

Souffles

Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des ancêtres.
 
 
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.
 
 
Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des Ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la Terre
Qui ne sont pas morts.
 
 
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le Sein de la Femme,
Ils sont dans l’Enfant qui vagit
Et dans le Tison qui s’enflamme.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans le Feu qui s’éteint,
Ils sont dans les Herbes qui pleurent,
Ils sont dans le Rocher qui geint,
Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure,
Les Morts ne sont pas morts.
 
 
 
Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.
 
 
Il redit chaque jour le Pacte,
Le grand Pacte qui lie,
Qui lie à la Loi notre Sort,
Aux Actes des Souffles plus forts
Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,
Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.
La lourde Loi qui nous lie aux Actes
Des Souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du Fleuve,
Des Souffles qui se meuvent
Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.
Des Souffles qui demeurent
Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit
Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,
Des Souffles plus forts qui ont pris
Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,
Des Morts qui ne sont pas partis,
Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.
 
 
Ecoute plus souvent
Les Choses que les Etres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Ecoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.
 

Ecoutez le poème 

 

Birago Diop est né en 1906 à Dakar au Sénégal. Il exerce le métier de vétérinaire et occupe également un poste d’ambassadeur à Tunis. Il a écrit les Contes d’Amadou Koumba. La plupart des poèmes contenus dans le recueil Leurres et lueurs ont été inspiré par des contes africains.

Une présentation, des photos et de nombreux extraits sur ce site

Par Cécile Guivarch
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Jeudi 2 juin 2005

 

Une fleur épinglée à la poitrine.
Je ne sais déjà plus qui l'a épinglée.
Inassouvie, ma soif de passion,
De tristesse et de mort.

Par le violoncelle et par les portes
Qui grincent, par les verres qui tintent
Et le cliquetis des éperons, par le signal
Des trains du soir,

Par le coup de fusil de chasse
Et par le grelot des troïkas -
Vous m'appelez, vous m'appelez,
Vous - que je n'aime pas !

Mais il est encore une joie :
J'attends celui qui, le premier,
Me comprendra, comme il le faut -
Et tirera à bout portant

(poème écrit le 22 octobre 1915 - L'offense lyrique, Présentation Henri Deluy - Éditions Fourbis, page 33)

Lire l'article
Marina Tsvetaïeva, Poéte de tous les exils

 


 

Par Cécile Guivarch
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