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Coups de coeur

Samedi 7 mai 2005
SEUL 2
(30/05/99)
 
une peau morte
au mieux tendue dessous
encore
 
voilà
 
on continue sur ce qui reste
commun de quoi d'enfance comment
commune
 
ça va vite jusqu'à sans voir
si vite on se dit c'est pas grave
il en reste assez
et non
 
garder qui quelle mémoire
au fond dans ce qui bouge
 
arbres
si long pour monter
et puis coupés
net avec leur odeur partis
leurs écureuils rapides
 
d'un coup de scie l'enfance
on ne la retrouve plus
à quoi bon
depuis combien d'années déjà l'absence
des passe-crassanes
 
et pourtant non
bien sûr pour rien mais
quelque chose au moins comme
dire que résiste net sec clair
le goût de cette poire
ou l'odeur de cette résine sur des doigts sales
qui collent
 
(RAS, ed Tarabuste, pages 35-36)
 
 
La poésie d'Antoine Emaz, il faut la vivre de l'intérieur, se laisser attrapper par les émotions, par ce qui aurait pu nous rendre muets nous aussi. A ce propos, voici un article écrit suite à une rencontre avec Antoine Emaz et Albane Gellé :
 
 
Ce superbe dossier sur Remue.net , dont voici un extrait. Il y a notamment une approche de l'écriture d'Emaz par Dominique Viart à cette adresse : http://www.remue.net/cont/Viart03Emaz.html

 
Par Cécile Guivarch
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Mardi 10 mai 2005
tomber avant
de perdre l'équilibre
fange dans le nez
bouche parle nuque

ventre en gros dos
hérissement
poils sur les jointures

petite lézarde
écailles en queue de poisson
les tableaux se multiplient
perspectives corrélées

statique statistique
- où est le code
pour retrouver la face ?

un coup de pinceau
comme un coup de dé
une bouteille ( comme une ) brosse un tableau

tablal tableaux
la vérité est plurielle - singulière
se cache entre
les chiffres
les angles
les poils d'un pinceau
la fourrure d'une chatte

qui retombe sur les yeux

tombe avant
de perdre l'équilibre


Patrick Packwood
- 4 mai 2005 -

Par Cécile Guivarch
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Mardi 10 mai 2005

 

Entrer par ici ou encore par , et écouter la voix, les poèmes, chaleureux, envoûtants et étonnants de Ghérasim Luca, n’est-ce pas une belle entrée dans le "théâtre de la bouche" ?

J'ai découvert Ghérasim Luca à partir de ces extraits. J'ai tout de suite été envahie par cette voix puissante et chaleureuse. Ce bégaiement m'a fait penser que l'homme est un magicien de la langue, mais que derrière tout cela, devait se dissimuler quelque chose de plus profond.

Né en 1913 à Bucarest, Ghérasim Luca s'installe en France dans les années qui suivent la seconde guerre mondiale et se jette dans la Seine en 1994.

Un dossier d’auteur très complet aux éditions
josé Corti


L’essai sur Ghérasim Luca, « passio passionnément » d’André Velter, aux Editions Jeanmichel place


Deux Cd audio à découvrir :
Cd audio :
http://www.jose-corti.fr/titresfrancais/CD-GLparGL.html
Autre Cd audio : Bain de sang, A.D.L.M 1998

Par Cécile Guivarch
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Mercredi 11 mai 2005

Soleil

Parfois vert

Bleu pour la première fois

Tête d’épingle

 

Qui fixe quoi

Et diminue encore

Volets tirés

 

Orange

Fruit ou fleur

Couleur d’orange

 

Oiseau

Coupant brusquement de son aile

 

Le mur du cimetière

 

Serge Brindeau in Le printemps des poètes, Anthologie C’était hier et c’est demain, éditions Seghers, page 35

Par Cécile Guivarch
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Samedi 28 mai 2005

Théâtre en moi

sans moi

 

déchirures en sac de peau

corps dissymétrique et semblable

 

je dis traverse arrachement

monde planqué

 

je ramasse

une fois

ce que je ne cesse de perdre

 

intermédiaire

entre monde et néant

 

Marie-Claire Bancquart, dans Partition, éditions belfond, page 10

Par Cécile Guivarch
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Lundi 6 juin 2005
Si je fais couler du sable
De ma main gauche à ma paume droite,

C'est bien sûr pour le plaisir
De toucher la pierre devenue poudre,

Mais c'est aussi et davantage
Pour donner du corps au temps,

Pour ainsi sentir le temps
Couler, s'écouler

Et aussi le faire
Revenir en arrière, se renier.

En faisant glisser du sable,
J'écris un poème contre le temps".

Eugène Guillevic dans Art Poétique, Editions Gallimard, page 223.

Par Cécile Guivarch
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Mercredi 15 juin 2005

La FLEUR est humide

 

Elle est une chose lourde

Ronde fermée sans lumière

A l'intérieur

 

Seul un insecte s'insinue

Comme il s'enfoncerait dans l'eau

 

Il faut descendre aveugle dans la fleur

Oublier tout attendre qu'elle éclate

Dans le rouge et dans le parfum

Mystérieux qui la composent

 

Elle s'ouvre quand elle meurt

Nous attendrons qu'elle meure

Pour voir le secret de son corps

 

Car le vent léger la pluie

Ou le doigt dispersèrent

Ses beaux velours sur l'herbe ou sur la table.

 

(...)

Jean Tortel, dans Une constellation, tout près, poètes d'expression française du XXe siècle choisis par Philippe Jaccottet, page 267

Par Cécile Guivarch
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Vendredi 17 juin 2005

Ne joue pas avec l’eau,  

ne l’enferme pas, ne la freine pas, c’est elle qui joue   

dans les gouttières, turbines, ponts, rizières, moulins et bassins de salines.   

C’est l’alliée du ciel et du sous-sol,   

elle a des catapultes, des machines d’asaut, elle a la patience et le temps :   

tu passeras toi aussi, espèce de vice-roi du monde,   

bipède sans ailes, épouvanté à mort par la mort

Jusqu'à la hâter

 Erri de Luca,Oeuvre sur l'eau, traduit de l'italien par Danièle Valin, Seghers 2002, p.42 

 

 

Non giocare con l’acqua,   

non chiuderla, frenarla, è lei che scherza   

dentro grondaie, turbine, ponti, risaie, mulini e vasche di saline.  

E alleata col cielo e il sottosuolo,   

ha catapulte, macchine d’assedio, ha la pazienza e il tempo :   

passerai pure tu, specie di viceré del mondo,  

bipede senza ali, spaventato a morte dalla morte

fino a metterle fretta 

Par Cécile Guivarch
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Mercredi 20 juillet 2005

AU CLAIR DE LUNE 

 

Une armée de vermine, de souris et de rats

Se déchaîne sur le plancher luisant de lune.

Le vent crie comme en rêve et geint.

A la fenêtre tremble l'ombre de petites feuilles. 

 

Ca et là des oiseaux dans les branches gazouillent

Et des araignées rampent sur les murs nus.

Dans des corridors vides frissonnent des taches blêmes.

Habite en la maison un étrange silence. 

 

Dans la cour on dirait que des lumières glissent

Sur du bois pourri, un bric-à-brac vétuste.

Puis une étoile allume la noirceur d'une mare.

des silhouettes de jadis se dressent encore là. 

 

On voit encore les contours d'autres choses

Une inscription pâlie sur des enseignes vermoulues,

Peut-être les couleurs, aussi, d'images gaies :

Anges chantant devant le trône de Marie. 

 

 

Trakl dans poèmes I, éditions Flammarion, page 149

 

 

En français sur le site de chantiers.org :
http://www.chantiers.org/trakl.htm
Une belle floraison de poèmes de Trakl en français :
http://www.tyriel.com/poesies/trakl/trakl_index.htm

Par Cécile Guivarch
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Dimanche 24 juillet 2005
VRAISEMBLANCE

Le semeur d’orages m’a légué la pluie, les tourmentes et le ciel
Qui s’éteint dans le doute. Il ne coule plus dans mes veines
Que du sable blanc. Les ombres inspirent l’effroi en mon cœur
A l’horizon où soufflent mes critères, c’est un soleil désespéré
Qui me tend la main, m’offre au jour comme une aube perdue
L’homme est dans le monde absurde le vent qui chasse les nuages
Et le poète incantera pour les enfants pauvres qui naissent,
Les chants de nos cœurs bafoués mais espérants.

Kama Kamanda dans L’exil des songes, éditions L’Harmattan, page 25

Kama Kamanda est né à Luebo au Zaïre. Il est l’auteur de La nuit des Griots, Grand Prix littéraire de l’Afrique noire et de plusieurs recueils de poèmes, notamment Chants de brumes, couronné par le Prix Paul verlaine 1987, et La Somme du Néant, Prix Louise Labé 1990.

Liens

http://www.congonline.com/Culture/Litterature/KamaKaman.htm
Par Cécile Guivarch
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Une brindille...

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